Depuis les temps les plus anciens, nous chassons en groupe.

Tels d’autres espèces, nous avons appris que l’union peut faire la force, pour subvenir à nos besoins.

On appelle cela un instinct grégaire. C’est une « tendance qui pousse les individus d’une même espèce à se rassembler et à adopter un même comportement ».

Un instinct primaire

Il s’agit d’un instinct primaire mais omniprésent. Il peut surgir à l’occasion de circonstances particulières : mouvement de foule, manifestations de masse, chasse à courre, match de foot, sectes, mouvements extrêmistes ou radicaux, etc.

Dans ces circonstances, des individus au caractère différent vont adopter un comportement identique et parfois contraire à leur éthique, à leur morale.

La désindividuation peut amener un individu à participer à des émeutes, à des lynchages, etc. Il perd de son inhibition et diminue son sentiment de responsabilité.

Ce sentiment peut être renforcé s’il existe un leader charismatique, un meneur, un gourou, un chef.

Docteur Jekyll et M. Hyde

Dans certaines circonstances, les personnes peuvent être surprises, choquées, honteuses de leur agissement, de leur comportement. Une personne m’a même dit qu’elle ne s’était pas reconnue tellement ses agissements avaient été contraires à son caractère et à son éthique (lors d’un match de foot en l’occurrence).

Comment peut-on expliquer un tel comportement ?

L’acte, en lui-même, répond à certaines règles :

  • Il est plus engageant de faire quelque chose sous le regard d’autrui que dans l’anonymat,
  • Le fait de répéter un acte est plus engageant pour une personne que de le faire une seule fois,
  • Plus la personne perçoit l’irrémédiabilité de son acte (qu’elle ne pourra pas faire marche arrière), plus elle est engagée.

Le comportement répond à certains principes selon les circonstances :

  • La loyauté au groupe,
  • La pression à l’inférence,
  • Le dualisme causal,
  • L’engagement et l’implication personnelle.

Le fait de se sentir affilié au groupe est en soi une motivation suffisamment puissante pour qu’un individu adopte une norme opposée à ses perceptions ou à ses valeurs (Yann Leroux, 2011)

La chasse en meute

Il peut parfois perdurer dans des organisations favorisant un comportement collectif négatif.

J’ai nommé cela la chasse en meute.

Pourquoi une meute ?

La meute est définie au sens étymologique comme :

« un « groupe de chiens courants dressés pour la chasse », « bande, troupe de gens », « émeute » (wikipédia)

Au sens figuré c’est :

« une Troupe de personnes acharnées contre quelqu’un ». (wikipédia)

Cette meute est souvent constituée de :

  • Un chef :

    personne ayant un certain charisme, imposant un respect naturel (compétences par exemple) ou construit (autoritarisme par exemple). C’est le dragon du groupe. La force tranquille, quoi. Pas besoin qu’il commande, qu’il ait besoin de dire quoi que ce soit pour que le groupe agisse « loyalement ». Le dragon peut rester en dehors de la « mêlée », parfois même trouver les réactions de « son troupeau » exagérées, disproportionnées. Dans les situations extrêmes, le chef un « leader du mal » : gang des barbares par ex. Il dirige d’une main de fer son équipe.

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  • Les seconds couteaux :

personnes ayant peu de personnalité, de charisme, de confiance en elles, marquant fortement leur loyauté au groupe et de l’animosité envers les personnes extérieures. Elles font preuve d’intolérance, voire de racisme. Ce sont les hyènes du groupe. Elles mordent, agressent, fabriquent et alimentent l’ambiance propice (animosité, coups de crocs, choix de la victime).

  • Les pisteurs ou les suiveurs :

personnes faibles, fidèles au groupe, à son chef et à ses membres. Ce sont les loups du groupe. Elles ne peuvent pas survivre sans le groupe. Elles participeront souvent contre leur gré, résistant aux injonctions contradictoires que la situation peut leur imposer.

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Parfois l’animal ressemble étrangement à l’individu :

  • le dragon râle, est irracible. On ne dérange pas un dragon, au risque de voir sa fureur surgir.
  • on reconnait la hyène à son rire grinçant et sinistre.
  • le loup tourne autour de vous pour vous empêcher de vous échapper. Le loup grogne plus souvent qu’il ne mord.

La victime :

C’est une personne différente du groupe (âge, sexe, position sociale ou hiérarchique). Elle ne démontre pas sa loyauté au groupe ou ne s’y oppose pas. La meute peut changer de victime selon les circonstances, par amusement, pour éviter la routine, pour un rien.

Ce type de comportement apparait dès l’enfance. En effet, il n’est pas rare de voir le nouveau de la classe être testé dans sa loyauté au groupe, à la classe ou à l’école. S’il a le malheur d’être différent (sexe, race, habillement, couleur de cheveux, etc.), cela peut aller jusqu’au harcèlement, poussant certains êtres fragiles jusqu’au suicide.

Appelé parfois tête de turc, on retrouve ces pratiques à l’université à travers les pratiques de bizutage, mais aussi dans les instances nationales (sexisme, homophobie, racisme). La victime est elle aussi harcelée : sexisme à l’assemblée nationale, droit de cuissage organisé dans le milieu du cinéma, lapidation des « femmes infidèles » dans certains pays, viols collectifs dans certaines circonstances (manifestations en Egypte, tournantes de quartiers, etc.).

Le cadre :

La chasse en meute se pratique souvent dans des endroits confinés : bureaux partagés, open-space par exemple. Cette chasse est courante dans les milieux administratifs et dans les structures en silo, dirigées avec autoritarisme et favorisant la stratégie des petits chefs.

La cour de l’école, la place publique sont aussi des lieux propices.

Comment agir face à de tels comportements ?

La fuite :

La victime n’aura souvent pas d’autre choix que de fuir, démissionner, négocier son départ, changer de service ou de structure.

L’attente :

Certaines victimes se sentent soulagées lorsque le groupe change de victime. C’est un calme temporaire.

L’attaque :

Dans certaines situations, la victime pourra déposer plainte pour harcèlement si les preuves sont suffisantes.

La manipulation :

La victime peut enfin négocier un terrain d’entente avec le chef du groupe. Tenter à travers une médiation de passer un pacte de non-agression mutuel.

Conseils :

L’agression n’est pas acceptable

L’agression morale ou physique n’est pas acceptable. Faites-le savoir rapidement factuellement et sans émotions.

N’attendez pas que la situation dégénère

Agissez pour éviter que cette situation ne s’aggrave ou perdure. Toute victoire (agression) d’une meute va renforcer la cohésion du groupe.

Prenez les devants

En dénonçant de tels agissements ou en vous faisant aider rapidement : médecin du travail, scolaire – direction d’établissement ou d’entreprise par exemple. Si les attaques se répètent prenez note des dates, des faits et des auteurs. Face à ce genre de situation les témoins sont rares et souvent muets.

Soyez empathique

De tels comportements démontrent souvent un mal-être, un manque de confiance en soi, un problème dans l’organisation. Essayez de vous mettre à la place de chacun et de tenter de comprendre l’origine du problème de chacun.

Trouvez des failles

Faites éclater la cohésion du groupe en ne faisant pas cas des agissements. Cherchez les moyens de faire douter les personnes individuellement en démontrant votre utilité, en apportant de l’aide à ceux qui parfois vous méprisent. La main tendue de la victime peut parfois culpabiliser le bourreau. Cela ne vaut évidemment que dans des cas bénins.

Inversez les polarités

Objectif : transformer un groupe malveillant en groupe bienveillant.

  • A force de conviction, vous pourrez peut être convaincre le chef que la coopération sera toujours plus efficace que l’agression,
  • Transformez l’environnement pour isoler ce type de comportement et le rendre inacceptable aux yeux d’autrui,
  • Prenez le leadership d’une positive attitude et créez votre propre groupe bienveillant.

Que pouvez-vous changer ?

Parfois la situation s’aggrave de notre fait. Trop rigide, pas assez diplomate, nous pouvons attirer à nous les éléments néfastes, les foudres de la meute :

  • Evitez les espaces conflictuels,
  • N’essayez pas de faire copain-copain dans des situations défavorables : les harceleurs par vengeance ne cherchent pas une relation personnelle avec leurs victimes.
  • Marquez votre territoire tout en respectant celui des autres : assertivité,
  • Ne vous laissez pas emporter par vos émotions,
  • Ne jugez pas et évitez les présupposés.

Gardez la conscience en vos valeurs et la confiance en vous-même.

Gardons collectivement conscience que nous pouvons tous être des bourreaux, des lâches ou des victimes. Nous pouvons faire partie d’une meute, d’un groupe constitué et de fait exclure des personnes par ignorance, . Nous pouvons parfois être lâches et considérer que la victime l’a bien cherché. Nous pouvons tous avoir un jugement hatif.

Où se renseigner :

Dans les cas les plus graves au commissariat de police ou à la gendarmerie.